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La Soul de... H.E.R. (une introduction)

H.E.R. Voilà des semaines que cet acronyme s'invite, à intervalles réguliers, dans ma timeline, dans mes recommandations Spotify, au fil de mes pérégrinations musicales online... Sans y prêter grande attention, j'ai laissé filer sa silhouette énigmatique sur fond bleuté, procrastiné plus d'une fois sur son cas, abreuvée que j'étais par ce flot incessant de Dark R&B lénifiant qui ruisselait sur ma playlist, parfois trop codé pour être honnête, et qui finissait par en devenir presque prévisible. Ces orgies de Frank Ocean, de SZA, de Solange, m'avaient coupé l'envie de m'anesthésier à nouveau le cœur et l'esprit à base de Soul introspective à la rythmique apathique. Et puis un énième article, une énième infiltration de la demoiselle dans mon "Radar des Sorties" - puisque décidément Spotify insiste - ont fini par avoir raison de moi.
Voilà comment le single "2", cet earworm subtilement sublime, est entré dans ma tête et dans ma vie, m'accompagnant dans le bus, le métro, mes séances de sport, de shopping, de ménage et, cela s'impose, dans la rédaction de ce billet. Partout. Partout, ce gimmick puissant, ce « too, too, too, too, too, too » irrésistible, me poursuit. A chaque fois, je succombe. D'abord ce fut la mélodie, foutrement accrocheuse, presque diabolique. Puis se furent les arrangements. Du R&B oldschool, du Aaliyah à la sauce Timbaland, avec la contemporanéité d'une Banks. Touché. Et finalement, le texte. H.E.R. s'y découvre impertinente, audacieuse, maligne. Coulé.



Mais au fait, que vaut le reste de l'album ? Il est dense (21 titres) puisqu'il regroupe les morceaux issus de ses deux premiers E.Ps, parus sur la période 2016-2017. H.E.R oscille donc entre un R&B alternatif et sombre qui se perd parfois dans sa langueur, et des productions très travaillées, à la mélancolie contagieuse ("Avenue"). On l'adore quand le rythme s'accélère légèrement, comme sur le lascif "Lights On" et son clin d’œil à la puissance érotique de D'Angelo. On se laisse charmer par ce falsetto couché sur une ligne de harpe gracieuse qui fait écho au R&B éthéré de l'intemporelle Aaliyah ("Focus").  Cette réminiscence d'un R&B très ancré dans les années 90 est d'ailleurs omniprésente dans le répertoire de H.E.R. : "U" en est d'ailleurs le parfait symbole. Formidable titre mutant, au confluent de la modernité d'un SZA et du plus vintage  Ginuwine, période "Pony" il est l'un des tours de force de l'album.

Côté personnalité, H.E.R. (née Gabi Wilson, sous le soleil californien le 27 juin 1997 selon Wikipedia) joue à fond l’ambivalence et l'ironie. Si la signification de son pseudonyme évoque une mise à nue ("Having Everything Revealed"), elle joue pourtant au chat et à la souris avec le public, refuse de dévoiler son visage dans les médias (comme Daft Punk ou Sia), se réclame de l'ère de l'anti-star et cite Warhol sur son compte Instagram (« People should fall in love with their eyes closed »). Actuellement en tournée, elle se présente sur scène le visage en partie caché par de longues boucles auburn, des lunettes de soleil et un jeu de lumières savamment étudié. En backstage pourtant, elle monnaye ses échanges avec son auditoire via de lucratifs meet & greet. Ceux qui veulent percer le mystère devront y mettre le prix.

Plus d'infos sur H.E.R. : Instagram / Twitter / Youtube 








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